L'ensemble monastique de Cárquere témoigne du passage de plusieurs époques de construction, ce qui explique les rares témoignages visibles de l'art roman. L'ensemble monastique fut transformé par l'esthétique et les goûts de l'époque, mais une topographie de style roman est toujours présente au niveau de son organisation spatiale.
Le cloître d'origine est positionné sur le côté gauche de l'Église, c'est-à-dire au nord, ce qui justifie le positionnement du panthéon de la famille des Resendes, les seigneurs de ce domaine, comme chapelle indépendante.
Sur le côté opposé, c'est-à-dire au sud, nous retrouvons les structures de ce qui est désigné de petit couvent et qui contribue à la mise en valeur des multiples significations de la riche articulation de l'espace de ce complexe.
Composée de deux étages, auxquels on accède par un linteau de porte droite au niveau du rez-de-chaussée, cette structure est difficile à dater, compte tenu du caractère vernaculaire de son appareil. L'existence de plusieurs marques révèle les diverses transformations auxquelles elle fut soumise.
Cependant, les modillons quadrangulaires et rectangulaires font supposer une chronologie du Moyen Âge, sans date précise, ce qui nous fait croire que cette structure est postérieure à la construction de l'Église romane.
Ce corps est relié par un arc à la maison qui a été désignée de maison du gardien. Il faut toutefois souligner la persistance des marques sur le niveau supérieur, révélant une continuation du petit couvent vers le coté sud, ou bien l'existence d'un passage permettant la connexion entre la structure monastique et ladite maison du gardien.
L'angle sud-est de l'ensemble est achevé par la robuste tour crénelée, fondée sur un affleurement de granit, d'un déploiement clairement roman. Cette structure défensive et seigneuriale semble avoir été édifiée en même temps que l'ensemble monastique, certains auteurs les datant du dernier quart du XIIe siècle, voire même du XIIIe siècle.
Le chevet de l'Église semble avoir été construit au tournant du XIIIe au XIVe siècle, toujours de style gothique, comme en témoigne la fenêtre à meneaux surmontée d'une ouverture trilobée sur le mur frontal, uniquement visible de l'extérieur, car à l'intérieur elle est cachée par le retable principal.
La structure adoptée au niveau de la voûte nous renvoie à l'esthétique du gothique, dont les nervures reposent sur des colonnes aux angles, fermées par un fleuron. Nous soulignons, également, la vaste baie composée d'un arc brisé ponctué de perles, qui assure l'accès entre le sanctuaire et la sacristie actuelle.
À l'extérieur, les modillons révèlent la même chronologie : ils sont rectangulaires, avec une ornementation plutôt géométrique, certains étant ponctués de perles. Cependant, du côté nord, il y a un modillon où une figure humaine est sculptée et qui ressemble à un homme barbu assis les jambes croisées. Plus carré que les autres, ce modillon ne peut pas être une réutilisation d'une pièce de la structure romane.
Il semble que ce chevet en ait remplacé un autre, roman, qui y existerait auparavant. De cette époque, il n'en reste plus qu'une partie dans la nef actuelle, sur le parement du côté de l'Épître, comme en témoignent les trois ouvertures murées, bien visibles à l'intérieur.
Ainsi, nous pouvons conclure qu'il y a eu une réutilisation de la structure romane pendant la transformation du corps de la nef en style manuélin. Les acronymes du tailleur de pierre sur le mur sud de l'Église certifient de la chronologie comme ouvrage roman et confirment la bonne qualité de sa structure.
Cependant, au niveau de l'Église, et outre la paroi latérale du côté de l'Épître, d'autres témoignages, voire réminiscences, de l'époque romane sont encore visibles. L'oculus qui surplombe le portail manuélin, sur la façade principale, est l'un de ces témoignages. Par ailleurs, une ouverture romane sur l'arc triomphal, dont les impostes exhibent un motif échiqueté, confirme cet aspect commun à la plupart des bâtiments romans. L'archivolte se dessine dans l'épaisseur du mur lui-même.
Esthétiquement, l'arc triomphal est clairement gothique, non seulement en raison du grand diamètre de son ouverture, mais aussi en raison de ses trois archivoltes, encore régulières, révélant ses fins motifs sculptés au niveaux des chapiteaux où règnent des motifs floraux et phytomorphes.
C'est cependant au niveau de la chapelle tumulaire de la famille des Resendes que nous trouvons les éléments romans les plus importants de cet ensemble. La chapelle funéraire des Resendes présente un plan rectangulaire et s'ouvre sur l'espace où se trouvait autrefois le cloître. À l'intérieur, il y a quatre tombeaux en granit dont les couvercles monolithiques forment des couvertures à deux pans.
Chacun a environ deux mètres de long et ceux qui se trouvent du côté gauche de la chapelle sont encadrés par un arcosolium.
Il convient aussi de noter l'ouverture sur le mur frontal. Elle est formée par deux archivoltes en plein cintre avec des ornements à l'intérieur et à l'extérieur. À l'intérieur, son langage géométrique s'impose sur les deux archivoltes, avec des motifs en zigzag sur l'archivolte intérieure, tandis que sur l'extérieure ressort un motif cordiforme enchaîné.
Néanmoins, une observation plus attentive nous révèle que les voussoirs de cette archivolte ne se relient pas au niveau des motifs représentés, ce qui nous fait penser que, pour une raison quelconque, cette ouverture aura été réutilisée, provenant d'un autre endroit du bâtiment.
Ceci peut avoir du sens face à la chronologie attribuée aux tombeaux abrités dans le panthéon, et au fait que la chapelle aurait été construite au XVe siècle par Vasco Martins de Resende, selon les informations contenues dans son testament daté de 1433.
À l'extérieur, les motifs géométriques de l'archivolte extérieure de l'ouverture s'imposent, tandis que chaque voussoir de l'archivolte intérieure exhibe des têtes d'animaux faiblement modelés et chargés de graphismes.
Il s'agit des beak-heads, les têtes à bec, un motif d'importation anglo-saxonne, qui, selon Manuel Real, a eu une large diffusion parmi nous en raison de l'action bénédictine, largement diffusée par l'Église Saint-Pierre de Rates (Póvoa de Varzim). Ce motif ressemble considérablement aux figures représentées sur l'arc triomphal de Tarouquela (Cinfães), sur le portail de la tour de Travanca (Amarante) et sur un voussoir dépareillé du cloître de Paço de Sousa (Penafiel).
Ces archivoltes reposent sur des chapiteaux ayant, d'un côté, des sculptures d'oiseaux avec leurs cous tordus et, de l'autre, un oiseau déployant ses ailes et dont la tête se trouve à l'angle du chapiteau.
Sous cette ouverture s'étale un morceau de frise avec des motifs entrelacés. La qualité de cet ensemble montre l'ampleur et le talent artistique que l'Église romane de ce Monastère aurait eu autrefois.